Le président français a provoqué la colère d'ONG en demandant notamment le report d'un an du règlement sur les émissions de méthane, un gaz extrêmement polluant.
Ursula von der Leyen et Emmanuel Macron à Paris, le 22 juillet 2026. ( AFP / SIMON WOHLFAHRT )
Emmanuel Macron a écrit mardi 22 septembre à la Commission européenne pour obtenir des assouplissements permettant de "renforcer" les capacités d'importation et de production à court terme de carburants et de gaz.
En pleine crise énergétique, et alors que le coût des carburants fait monter la grogne, Emmanuel Macron a adressé un courrier à Ursula von der Leyen pour tenter d'infléchir certaines règles européennes, une initiative personnelle, selon l'Élysée.
"Au vu de la forte dépendance européenne aux importations en provenance du Moyen-Orient, en particulier en ce qui concerne nos importations de kerosène (36%) et de gazole (18%), il me semble utile d'attirer votre attention sur plusieurs points (qui) pourraient collectivement renforcer nos capacités d'import et de production à court terme", écrit le chef de l'État français.
Il demande d'abord un "assouplissement" des standards européens sur la qualité des carburants, en matière de "masse volumique", de "densité" et de "désulfurisation". Cette mesure permettrait, selon Emmanuel Macron, "des gains de production notables", de l'ordre selon lui de "5 à 20%" . Il rappelle qu'un tel assouplissement avait été accepté par la Commission lors de la pandémie du Covid-19.
Le président de la République suggère également un "assouplissement des limites d'incorporation de biocarburants", en particulier dans le gazole afin de gagner quelques points de pourcentage de carburant non fossile par litre. Cela permettrait, selon lui, de dégager "des marges supplémentaires pour l'approvisionnement".
Tout en insistant sur une "accélération européenne sur les efforts d'électrification", il demande également un report d'un an du règlement sur les émissions de méthane, un gaz extrêmement polluant . En vertu de cette législation adoptée par l'UE en 2024, les importateurs de gaz, de pétrole mais aussi de charbon dans l'UE doivent surveiller et déclarer à partir de janvier 2027 les émissions de méthane associées à leurs approvisionnements, afin de limiter les fuites de ce gaz à effet de serre.
Quelques dizaines de milliers de barils par jour ?
La Commission européenne a déjà acté en juillet un report de trois ans des amendes auxquelles s'exposaient les entreprises d'hydrocarbures en cas de non-respect de ce règlement.
À Bruxelles, la Commission européenne a assuré "examiner très attentivement les propositions formulées par le président Macron", sans s'avancer sur les réponses qu'elle entend y donner.
La proposition française de reporter la législation sur le méthane a été dénoncée par des organisations environnementales. "Retarder" la loi sur le méthane "ne fera pas baisser les prix de l'énergie" et "n'améliorera pas la sécurité énergétique", mais créera de "l'incertitude", a réagi Léa Pilsner, de l'Environmental Defense Fund Europe. C'est une mesure poussée par "certaines composantes de l'industrie des énergies fossiles" , a dénoncé la responsable d'ONG.
Les mesures d'urgence, réclamées par la France en raison de l'explosion des prix à la pompe liée à la guerre au Moyen-Orient, ne doivent pas interférer avec les actions de long terme comme l'électrification ou la diversification des approvisionnements, a-t-on précisé à l'Élysée. Au total, elles pourraient dégager quelques dizaines de milliers de barils par jour, selon Paris, très loin de la consommation moyenne d'environ 1,5 million quotidien en France.
Le prix du gazole évoluait toujours lundi autour de 2,41 euros le litre en moyenne en France, selon une analyse de l' AFP des données publiques. Ceux de l'essence SP98 à 2,28 euros et SP95 à 2,22 euros.
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